Le marché a beaucoup écrit sur « comment déclarer ». Presque rien sur l'étape d'après : la déclaration est faite, la courbe ne descend pas, et l'échéance 2030 se rapproche d'un exercice par an. Voici la méthode que nous appliquons sur site.
Avant d'engager le moindre euro de travaux, il faut écarter l'hypothèse la plus fréquente : la courbe ne descend pas parce que la donnée est fausse. Quatre causes reviennent en boucle.
Un périmètre déclaré qui a bougé — une extension intégrée, un local rendu, une surface recalculée — sans que l'année de référence ait été ajustée. Une énergie oubliée : un site qui ne déclare que l'électricité alors qu'il consomme aussi du gaz, ou l'inverse. Une année de référence prise sur un exercice atypique. Enfin, l'absence de correction climatique sur les usages de chauffage, qui fait passer un hiver froid pour une dérive.
Ces quatre points se contrôlent en une demi-journée sur pièces. Tant qu'ils ne sont pas levés, tout plan d'action repose sur du sable.
Sur la plupart des sites tertiaires que nous auditons, la première tranche d'économies ne coûte pas d'investissement lourd. Elle vient de réglages.
Les constats les plus courants : des réduits de nuit et de week-end programmés mais jamais appliqués parce qu'une dérogation manuelle est restée active ; du chauffage et de la climatisation qui fonctionnent simultanément sur des zones voisines ; une température de départ d'eau réglée à son maximum toute la saison, sans loi d'eau ; une ventilation qui tourne à plein débit en dehors des heures d'occupation.
C'est aussi une obligation à part entière. Le décret BACS impose un système d'automatisation et de contrôle aux bâtiments existants dont la puissance nominale utile dépasse 290 kW depuis le 1er janvier 2025, et dépassera 70 kW au 1er janvier 2030. Une opération de GTB sert donc simultanément la conformité BACS et la trajectoire OPERAT.
L'ordre qui marche
C'est le gisement le plus systématiquement ignoré dans le tertiaire, parce que le mot « chaleur fatale » évoque l'industrie lourde. Dans les faits, tout bâtiment qui produit du froid produit de la chaleur, et la rejette.
Les configurations que nous rencontrons : centrales frigorifiques de surface de vente, groupes froids de climatisation d'un établissement de santé, salles informatiques et data rooms, chambres froides de restauration collective, entrepôts sous température dirigée. Dans tous ces cas, la chaleur de condensation part en toiture pendant qu'une chaudière, au même moment, brûle du gaz pour l'eau chaude sanitaire ou le chauffage.
L'intérêt de ce levier pour une trajectoire OPERAT tient à trois choses : il ne touche ni au process, ni au confort des occupants ; il ne nécessite pas d'arrêt long ; et l'énergie récupérée est une énergie qui n'est plus achetée, donc une baisse directe de la consommation finale déclarée.
Quand le pilotage a donné ce qu'il pouvait et que la chaleur disponible est récupérée, le poste restant est la production elle-même. Le remplacement d'une chaufferie gaz par une cascade de pompes à chaleur air/eau et eau/eau est l'opération qui fait réellement décrocher la courbe.
C'est aussi la plus exigeante en préparation. Trois vérifications décident de la faisabilité : la puissance électrique souscrite et la capacité du poste de livraison, le régime de température accepté par les émetteurs en place, et la place disponible en chaufferie et en toiture. Un dimensionnement correct se fait sur le besoin à la température extérieure de base du site, pas sur la puissance de l'ancienne chaudière.
Levier · Effort · Délai de mise en œuvre · Effet sur la trajectoire
Un plan réaliste tient en trois décisions prises avant la prochaine déclaration. Faire contrôler les données déclarées et corriger l'année de référence si elle est encore modifiable — la date butoir est le 30 septembre 2027. Lancer un audit du gisement de chaleur récupérable, qui se mesure sur site en une visite. Et poser la question du financement avant celle des travaux : les certificats d'économies d'énergie et le Fonds Chaleur se mobilisent en amont de l'engagement, pas après.
Sources : Dispositif Éco Énergie Tertiaire, obligations et échéances · Guide BACS, ministère de la Transition écologique, janvier 2026 · ADEME, Fonds Chaleur 2026 · Décret n° 2025-1048 du 30 octobre 2025, 6e période des CEE.

