Le propane s'impose comme fluide de substitution dans les pompes à chaleur tertiaires, porté par la sortie des HFC et par le seuil de GWP inférieur à 150 des fiches CEE. Son efficacité n'est pas en cause. Ce qui décide du projet, c'est la charge embarquée, le local qui l'accueille et la ventilation qui le dessert.

Deux mouvements convergents poussent le R290 sur le marché tertiaire. Le premier est réglementaire : le phase-down des hydrofluorocarbures réduit les quotas disponibles année après année, et les interdictions d'équipements neufs progressent par type d'application. Le second est financier : plusieurs fiches d'opérations standardisées conditionnent désormais leur éligibilité à un fluide de GWP inférieur à 150, ce qui écarte l'essentiel des HFC encore employés.
Le R290 a un GWP de 3. Il satisfait tous les seuils actuels et tous ceux qui sont annoncés. Ses propriétés thermodynamiques sont excellentes, avec un bon comportement en haute température de condensation, ce qui en fait un candidat sérieux pour les pompes à chaleur devant alimenter des émetteurs existants.
Il est aussi classé A3 : faiblement toxique, hautement inflammable. C'est ce classement, et non la performance, qui détermine la faisabilité du projet.
Les caractéristiques qui comptent
Sur une machine à fluide A1, la charge est un sujet d'étanchéité et de contrôle périodique. Sur une machine A3, elle commande la conception du local et parfois l'existence même du projet.
Le raisonnement est volumétrique : on rapporte la charge totale du circuit au volume du local qui l'abrite, et l'on vérifie qu'une fuite intégrale ne peut pas produire une concentration dangereuse. Plus la charge est élevée, plus le local doit être grand, ventilé, ou situé à l'extérieur.
D'où une règle de conception qui prend le contre-pied des habitudes : sur une installation au propane, il vaut souvent mieux plusieurs machines de charge modérée qu'une seule grosse machine. Le surcoût matériel se compare au coût du génie civil et de la ventilation qu'imposerait la machine unique.
Implantation · Contrainte principale · Commentaire
La dernière ligne mérite d'être soulignée, parce qu'elle résout le problème au lieu de le gérer. Une machine monobloc installée à l'extérieur, qui n'échange avec le bâtiment que de l'eau, cantonne la totalité de la charge de propane hors du volume occupé. Le bâtiment ne voit qu'un circuit hydraulique. La question ATEX ne se pose plus à l'intérieur.
Le prix à payer est une boucle hydraulique supplémentaire, donc un écart de température et une pompe. Sur la plupart des projets tertiaires que nous instruisons, cet écart coûte moins cher que la mise en conformité d'un local intérieur.
Lorsqu'une implantation intérieure s'impose, quatre éléments sont à traiter ensemble, et pas séparément.
La ventilation, mécanique, avec une reprise en point bas puisque le propane est plus lourd que l'air. Une ventilation haute, conçue pour évacuer de la chaleur, ne protège de rien.
La détection de gaz, avec un seuil de déclenchement situé largement sous la limite inférieure d'explosivité, et un asservissement : mise en sécurité de l'installation, forçage de la ventilation, alarme reportée.
Le matériel électrique présent dans le local, qui doit être compatible avec le classement de zone retenu. C'est le poste le plus souvent oublié en rénovation, parce qu'on raisonne sur la machine neuve en négligeant l'éclairage, les prises et le coffret existants.
Enfin, l'accès et l'intervention : une machine au propane se maintient avec des procédures et parfois des outils différents, et l'entreprise d'exploitation doit en être capable. Cela se vérifie avant la commande, pas à la première intervention.
La première est de traiter le R290 comme un R32 un peu plus sensible. Le R32 est classé A2L, faiblement inflammable ; le R290 est A3. Les seuils, les volumes et les règles d'implantation ne sont pas transposables de l'un à l'autre.
La deuxième est de retenir une machine sur ses performances catalogue, puis de chercher où la mettre. L'ordre correct est inverse : on détermine d'abord l'implantation possible et la charge admissible, ce qui borne les machines candidates.
La troisième est de considérer que la question est réglée parce que le fournisseur affirme que sa machine est conforme. La machine l'est ; l'installation dans son local ne l'est que si le local a été conçu pour. La responsabilité se situe du côté de la conception, pas du catalogue.
Pour trancher sans dogmatisme : le R290 s'impose quand la machine peut être installée à l'extérieur, quand le besoin de température de départ est élevé, et quand l'éligibilité à une fiche conditionnée au GWP fait partie de l'équilibre financier du projet.
Il devient discutable lorsque la seule implantation disponible est un sous-sol existant, lorsque la puissance requise impose une charge importante en un point unique, ou lorsque l'exploitant du site n'a pas les moyens d'intervenir sur un fluide A3. Dans ces cas, l'ammoniac en local dédié, le CO₂, ou une HFO à bas GWP méritent d'être comparés sur le même dossier — ce qui suppose de les chiffrer, et pas seulement de les citer.
Sources : Règlement (UE) 2024/573 du 7 février 2024 relatif aux gaz à effet de serre fluorés · Norme NF EN 378 relative aux systèmes de réfrigération et pompes à chaleur, exigences de sécurité et d'environnement · Classement de sécurité des fluides frigorigènes selon la norme ISO 817 · Fiche IND-UT-137 et conditions de GWP applicables.

