Dans un hôtel, l'eau chaude sanitaire pèse souvent autant que le chauffage, et parfois davantage en climat chaud. Elle est appelée tous les jours de l'année, sur des créneaux étroits, pendant que la climatisation rejette de la chaleur. Les deux se rejoignent rarement, faute d'un stockage dimensionné sur le bon profil.

Un hôtel se distingue des autres bâtiments tertiaires par la place qu'y tient l'eau chaude sanitaire. Le chauffage suit la saison et s'éteint la moitié de l'année ; l'eau chaude est appelée tous les jours, douze mois sur douze, avec une intensité qui suit le taux d'occupation et non la température extérieure.
Cette permanence a deux conséquences. D'abord, toute économie obtenue sur ce poste se répète toute l'année, là où une économie de chauffage ne compte que sur la saison de chauffe. Ensuite, une production dédiée à l'ECS fonctionne avec un nombre d'heures élevé, ce qui amortit plus vite son investissement.
En climat chaud, et notamment dans les territoires d'outre-mer, le constat est encore plus net : le chauffage n'existe pas, la climatisation tourne en permanence, et l'ECS devient le seul poste thermique de production.
Ce qui caractérise le besoin hôtelier
La pointe du matin, dans un hôtel d'affaires, se concentre sur une à deux heures : la plupart des clients se douchent dans la même fenêtre avant de partir. Dans un hôtel de loisirs, la pointe est plus étalée et se dédouble le soir.
Cet écart entre le débit de pointe et le débit moyen est le paramètre de dimensionnement du stockage. Un hôtel qui consomme un volume donné dans la journée n'a pas les mêmes besoins de ballon selon que ce volume est tiré en six heures ou en une heure et demie.
Le dimensionnement au ratio par chambre, encore très répandu, ignore cette distinction. Il conduit soit à surdimensionner — ce qui coûte en investissement, en place et en pertes de maintien en température — soit à sous-dimensionner, ce qui se traduit par une rupture d'eau chaude en pointe, c'est-à-dire par une réclamation client.
Le bon dimensionnement se fait sur un relevé : un comptage sur l'arrivée d'eau froide du ballon, au pas de dix minutes, sur une semaine représentative de haute saison.
Un hôtel climatisé rejette de la chaleur en permanence, par le condenseur de ses groupes froids ou de ses unités à détente directe. Cette chaleur est disponible au moment même où l'eau chaude est appelée — un client qui prend sa douche occupe une chambre climatisée.
La simultanéité est donc structurellement bonne, bien meilleure que dans un immeuble de bureaux. C'est ce qui fait de l'hôtellerie, avec les établissements de santé, l'un des secteurs les plus favorables à ce type de récupération.
Configuration · Gisement · Montage adapté
Le troisième cas mérite une attention particulière. Beaucoup d'établissements disposent d'un système à récupération capable de produire de l'eau chaude sanitaire, dont cette fonction n'a jamais été raccordée ou a été désactivée après une panne. Le gisement est alors déjà payé ; seul le raccordement manque.
Une récupération simple sur condenseur produit de l'eau à quarante-cinq ou cinquante degrés. La distribution d'eau chaude sanitaire collective impose un niveau supérieur sur le stockage et sur la boucle, pour des raisons sanitaires qui ne se négocient pas.
Le montage robuste consiste à séparer les fonctions. Un premier ballon, dit de préchauffage, reçoit la chaleur récupérée et porte l'eau froide d'entrée au niveau que la récupération permet. Un second ballon, maintenu à la température réglementaire par une pompe à chaleur de relevage ou par l'appoint existant, assure la distribution.
Ce schéma présente trois avantages. La récupération travaille sur l'eau la plus froide, donc à sa meilleure performance. Le maintien sanitaire est assuré par un équipement dédié, dont c'est la fonction. Et une défaillance de la récupération n'affecte pas le service rendu au client, seulement la facture.
La récupération sur les eaux usées de douche revient régulièrement dans les projets hôteliers. Le principe est séduisant : l'eau part à trente ou trente-cinq degrés, au moment précis où l'on consomme de l'eau froide à dix.
Deux formes existent. Le récupérateur individuel, placé sous la douche, est efficace et sans entretien notable, mais il suppose une intervention dans chaque chambre — réaliste en construction neuve ou en rénovation lourde, difficile sur un établissement en exploitation. Le récupérateur centralisé, placé sur la collecte, pose les mêmes questions d'encrassement et de colmatage que toute récupération sur effluent chargé, et demande une filtration et un accès de nettoyage.
C'est une piste à examiner lorsqu'il n'existe aucun gisement frigorifique, pas une alternative à la récupération sur climatisation lorsque celle-ci est disponible.
Quatre données : le profil de puisage au pas de dix minutes sur une semaine de haute saison, la puissance frigorifique installée et son régime de fonctionnement, la nature et l'état de la production d'eau chaude existante, et le taux d'occupation moyen avec sa saisonnalité.
Ce dernier point est souvent négligé et il est déterminant. Un établissement saisonnier qui ferme quatre mois par an n'amortit pas une installation de la même façon qu'un hôtel d'affaires occupé toute l'année. La même machine, sur les deux établissements, n'a pas le même temps de retour — et cela se dit au client avant l'étude, pas après.
Sources : Fiche BAT-TH-139 relative à la récupération de chaleur sur groupe de production de froid · Réglementation sanitaire applicable aux réseaux d'eau chaude sanitaire collectifs · Fiches BAT-TH-163 et BAT-TH-164 relatives aux pompes à chaleur en tertiaire · Relevés de terrain ELECTRIS sur établissements hôteliers.

