EHPAD : chauffage et eau chaude sanitaire, par où attaquer la facture

Un EHPAD cumule les contraintes : occupation permanente, population sensible au froid, besoin d'eau chaude sanitaire important et soumis à une réglementation sanitaire stricte, bâti souvent ancien et budget contraint. Les leviers existants ne sont pas les mêmes que sur un bureau ou un commerce. Voici comment les hiérarchiser.

Un profil de consommation particulier

Trois caractéristiques distinguent un EHPAD de la plupart des bâtiments tertiaires.

L'occupation est permanente, 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Il n'y a pas de réduit de nuit possible sur les chambres, pas de fermeture de week-end, pas de période de vacance. La logique du pilotage par l'intermittence, qui fonctionne sur un bureau ou une école, ne s'applique pas ici.

La température de consigne est élevée. Les personnes âgées ont une thermorégulation moins efficace et un besoin de confort thermique supérieur. Une consigne à 22 ou 23 °C en chambre est courante et ne constitue pas une dérive à corriger : c'est une donnée du programme.

Le besoin d'eau chaude sanitaire est important et régulier, avec des pointes marquées. Il est en outre soumis à des contraintes sanitaires qui interdisent certains réglages par ailleurs économes.

Ces trois éléments conduisent à une conclusion simple : sur un EHPAD, le gisement n'est pas dans la réduction des usages, il est dans l'efficacité des moyens de production et dans la qualité de l'enveloppe.

La contrainte sanitaire sur l'eau chaude

La prévention du risque lié aux légionelles encadre la production et la distribution d'eau chaude sanitaire dans les établissements recevant du public, a fortiori dans ceux accueillant des personnes vulnérables.

En pratique, cela se traduit par des exigences de température : un stockage maintenu à un niveau suffisamment élevé, une distribution dont la température ne descend pas sous un seuil en tout point du réseau bouclé, et des points de puisage dont la température est limitée pour prévenir les brûlures.

Ces exigences ont deux conséquences énergétiques directes.

La première est qu'on ne peut pas baisser la température de production pour améliorer le rendement d'une pompe à chaleur. Une machine qui doit produire à 60 °C ou plus ne travaille pas au même coefficient de performance qu'une machine produisant à 45 °C.

La seconde est que le bouclage, qui maintient la température dans le réseau, consomme en permanence. Sur un établissement où les réseaux sont longs et mal isolés, les pertes de bouclage peuvent représenter une part considérable du besoin d'eau chaude. L'isolation des réseaux bouclés est une action peu visible, peu coûteuse et souvent très rentable.

Les actions par ordre de priorité sur un EHPAD existant

L'électrification de la production, et ses conditions

Le remplacement d'une chaufferie gaz ou fioul par une solution thermodynamique est la décision la plus structurante. Elle se prépare, et trois vérifications la conditionnent.

Le régime de température des émetteurs. Un EHPAD construit dans les années 1970 ou 1980 est souvent équipé de radiateurs dimensionnés pour un départ à 80 °C. Une pompe à chaleur standard ne produit pas ce niveau. Trois voies existent : reprendre les émetteurs sur les locaux les plus contraints, installer une machine haute température, ou accepter un appoint sur les quelques jours les plus froids de l'année. Le choix se fait après relevé des émetteurs, pièce par pièce sur un échantillon représentatif.

La séparation du chauffage et de l'eau chaude sanitaire. Les deux usages n'ont pas le même niveau de température ni le même profil. Les traiter par la même machine conduit à dimensionner sur le besoin le plus exigeant, donc à dégrader la performance sur l'autre. Une architecture en deux étages, avec une machine dédiée à chaque usage, est généralement plus efficace, et elle facilite l'engagement de performance si un contrat de performance énergétique est envisagé.

La puissance électrique. Le passage d'une chaufferie combustible à une production électrique augmente la puissance souscrite. Sur un établissement dont le poste de livraison est ancien, cette augmentation peut exiger des travaux de raccordement dont le délai dépasse celui du reste du projet. Cette vérification se lance en même temps que l'étude thermique.

Les sources de chaleur disponibles sur site

Un EHPAD dispose souvent de gisements de chaleur fatale que personne n'a inventoriés.

La cuisine, lorsqu'elle est en production sur place, comporte des chambres froides et des armoires réfrigérées dont les groupes rejettent de la chaleur en permanence. Le niveau de température est modeste, mais le fonctionnement est continu et le besoin d'eau chaude est juste à côté.

La blanchisserie, lorsqu'elle existe en interne, rejette des eaux chaudes et de l'air humide chaud. Les deux sont récupérables.

La climatisation des locaux rafraîchis, de plus en plus présente depuis les épisodes de canicule, produit de la chaleur de condensation pendant l'été, période où le besoin de chauffage est nul mais où le besoin d'eau chaude sanitaire persiste.

Ces gisements ne couvrent pas le besoin global, mais ils couvrent souvent une part significative de l'eau chaude sanitaire, qui est le besoin le plus constant sur l'année. C'est la logique que nous appliquons sur les établissements de santé disposant de groupes froids, et elle se transpose à une échelle plus réduite.

Source sur site · Disponibilité · Usage cible · Point de vigilance

Les obligations qui s'appliquent

Un EHPAD de plus de 1 000 m² de surface de plancher est assujetti au dispositif Éco Énergie Tertiaire : déclaration annuelle sur la plateforme OPERAT et trajectoire de réduction. Le choix entre la voie relative et la voie absolue mérite d'être instruit, car un établissement à occupation permanente présente une intensité d'usage élevée qui peut jouer en faveur de la voie absolue.

Le décret BACS impose un système d'automatisation et de contrôle aux bâtiments existants dont la puissance nominale utile des systèmes de chauffage, de climatisation et de ventilation dépasse 70 kW au 1er janvier 2030. La plupart des EHPAD sont concernés.

Enfin, si l'établissement se trouve dans le périmètre de développement prioritaire d'un réseau de chaleur classé, le remplacement de la production de chaleur déclenche une obligation de raccordement au-delà de 30 kW, sauf dérogation justifiée. Cette vérification doit précéder le choix de la solution technique.

Ce qui fait échouer un projet en EHPAD

La sous-estimation de la contrainte d'exploitation. Les travaux se déroulent en site occupé, avec des résidents présents en permanence. Le phasage, les coupures d'eau chaude, le bruit et la poussière sont des sujets de conception, pas d'exécution.

L'absence de données de consommation exploitables. Beaucoup d'établissements ne disposent que des factures globales. Une facture annuelle ne permet ni de dimensionner, ni d'engager une performance, ni de déclarer correctement. Le sous-comptage est le préalable.

Le traitement du chauffage sans l'eau chaude. Sur un EHPAD, l'eau chaude sanitaire pèse lourd et dure toute l'année. Un projet qui traite le chauffage seul laisse sur la table la part du besoin la plus régulière.

Ce qu'il faut faire en premier

Relevez les consommations par énergie sur trois exercices complets et, si possible, posez un sous-comptage séparant chauffage, eau chaude sanitaire et usages de cuisine.

Relevez les émetteurs sur un échantillon représentatif de chambres et de locaux communs, avec leurs dimensions et leur régime de fonctionnement. C'est ce relevé qui conditionne la faisabilité d'une solution thermodynamique.

Inventoriez les équipements frigorifiques du site, cuisine comprise, avec leurs puissances et leurs plages de fonctionnement.

Vérifiez votre situation au regard du décret tertiaire, du décret BACS et de l'éventuelle obligation de raccordement à un réseau de chaleur classé.

Lancez enfin, en parallèle de l'étude thermique, la vérification de la puissance souscrite disponible et des délais de raccordement. C'est le poste qui allonge le plus les projets et celui qu'on découvre le plus tard.

Sources : Dispositif Éco Énergie Tertiaire, plateforme OPERAT, https://operat.ademe.fr · Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 et décret n° 2023-259 du 7 avril 2023 relatifs aux systèmes d'automatisation et de contrôle des bâtiments · Code de la santé publique et arrêté du 30 novembre 2005 relatif à la prévention du risque lié aux légionelles dans les installations de production et de distribution d'eau chaude sanitaire · Code de l'énergie, articles R. 712-1 et suivants (classement des réseaux de chaleur) · Fiches d'opérations standardisées BAT-TH-163 et BAT-TH-164, ministère de la Transition écologique

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