La compression mécanique de vapeur recomprime la vapeur produite par un procédé pour la réinjecter comme source chaude du même procédé. Sur une évaporation ou un séchage, elle atteint des performances qu'aucune pompe à chaleur à fluide frigorigène n'approche. Encore faut-il que le procédé s'y prête.

Un procédé qui évapore de l'eau produit de la vapeur à basse pression, qu'il envoie habituellement au condenseur, où elle est perdue. La compression mécanique de vapeur la reprend, la comprime légèrement pour élever sa température de saturation, et la réinjecte comme vapeur chauffante du même procédé.
La chaleur latente, au lieu d'être rejetée, est recyclée. Le seul apport extérieur est le travail du compresseur.
Ce n'est pas une pompe à chaleur au sens habituel : il n'y a pas de fluide frigorigène, pas de cycle fermé, pas d'évaporateur ni de condenseur distincts du procédé. Le fluide de travail est la vapeur du procédé lui-même.
Ce qui distingue la CMV d'une PAC
La performance d'une machine thermodynamique dépend avant tout de l'écart entre la source froide et le besoin chaud. Plus cet écart est faible, meilleure est la performance.
Une pompe à chaleur haute température industrielle prend typiquement une source à 40 °C et produit à 90 °C : cinquante degrés d'écart, et une performance qui s'en ressent. Une CMV sur évaporation prend de la vapeur à 60 °C et la restitue à 70 °C : dix degrés d'écart.
C'est toute la différence. Le compresseur ne fournit que le travail nécessaire à une élévation de pression modeste, et il récupère en échange la totalité de la chaleur latente — qui est, de loin, le gros de l'énergie en jeu dans une évaporation.
Procédé · Pertinence · Point d'attention
Le dernier point mérite d'être dit nettement, parce que la confusion existe : la CMV n'est pas une technologie de bâtiment. C'est une technologie de procédé, et elle n'a de sens que là où un procédé produit de la vapeur en quantité et consomme de la vapeur à un niveau à peine supérieur.
La première est l'écart de température. Plus l'écart entre la vapeur produite et la vapeur nécessaire est faible, plus la CMV est performante. Au-delà d'une vingtaine de degrés, le taux de compression monte, le compresseur grossit, et l'intérêt décroît rapidement.
La deuxième est la qualité de la vapeur. Une vapeur chargée en gouttelettes, en incondensables ou en matières entraînées détruit un compresseur. Le traitement amont — séparateur, dévésiculeur, parfois lavage — fait partie intégrante du projet et pèse dans l'investissement.
La troisième est la continuité. Une CMV est une machine tournante dimensionnée pour un point de fonctionnement. Un procédé qui démarre et s'arrête plusieurs fois par jour la met en difficulté et use les paliers. Les installations qui fonctionnent bien tournent en continu ou par campagnes longues.
Une CMV ne démarre pas toute seule. Au lancement du procédé, il n'y a pas encore de vapeur à comprimer : il faut une source extérieure pour amorcer le cycle, puis la machine prend le relais.
Concrètement, une chaudière reste nécessaire. Elle n'assure plus la marche nominale, mais elle assure le démarrage, les transitoires et parfois l'appoint en pointe. Un site qui compte sur la CMV pour supprimer entièrement sa chaufferie se trompe.
Cela a une conséquence sur le calcul d'économie : la réduction de consommation de gaz n'est pas totale, et le dimensionnement de la chaudière résiduelle — donc son coût fixe et son abonnement — doit être intégré au bilan.
Sur un site d'évaporation, trois voies se présentent et elles ne s'excluent pas toujours.
La multiplication des effets, qui consiste à utiliser la vapeur d'un effet pour chauffer le suivant, est une solution purement thermique, sans électricité, mais qui demande de la surface d'échange et de la place.
La thermocompression, qui utilise un éjecteur alimenté en vapeur vive, est simple et sans pièce tournante, mais moins performante et consommatrice de vapeur motrice.
La compression mécanique, enfin, qui offre la meilleure performance mais introduit une machine tournante, une consommation électrique et une maintenance.
Le bon arbitrage dépend du nombre d'effets existants, du coût relatif du gaz et de l'électricité sur le site, et de la puissance électrique disponible au poste de livraison. Ce dernier point est, là encore, celui qui bloque le plus de projets d'électrification : une CMV de plusieurs centaines de kilowatts électriques sur un site dont le poste est saturé n'est pas un projet thermique, c'est un projet de raccordement.
Sources : Principes de la compression mécanique de vapeur, littérature technique du génie des procédés · Fiches IND-UT du dispositif des certificats d'économies d'énergie relatives aux utilités industrielles · Plan d'électrification de l'industrie 2026 · Relevés de terrain ELECTRIS sur procédés d'évaporation et de séchage.

