Audit énergétique obligatoire : le seuil a changé, êtes-vous concerné ?

Pendant dix ans, l'audit énergétique obligatoire visait les grandes entreprises au sens de l'effectif et du chiffre d'affaires. Depuis la transposition de la directive européenne sur l'efficacité énergétique, le critère est la consommation d'énergie, et il attrape des sociétés qui n'étaient pas concernées. La première échéance est passée le 11 octobre 2026. Voici comment vérifier votre situation et ce qu'un audit doit contenir pour être recevable.

Ce qui a changé dans le critère d'assujettissement

Le dispositif historique reposait sur la taille de l'entreprise : plus de 250 salariés, ou un chiffre d'affaires supérieur à 50 M€ avec un bilan supérieur à 43 M€. Une société de vingt personnes exploitant un entrepôt frigorifique très consommateur passait à travers. Une société de services de trois cents personnes, peu consommatrice, était assujettie.

La transposition française de la directive européenne sur l'efficacité énergétique a renversé la logique. Le critère retenu est désormais la consommation finale d'énergie, toutes énergies confondues, appréciée en moyenne sur les trois dernières années civiles et au niveau du SIREN. Le seuil est fixé à 2,75 GWh par an, soit 2 750 MWh. Les notions d'effectif et de chiffre d'affaires ne jouent plus.

Le changement est porté par la loi dite DDADUE du 30 avril 2025, entrée en vigueur le 1er octobre 2025, et codifié aux articles L. 233-1 et suivants du code de l'énergie. La première échéance d'audit a été fixée au 11 octobre 2026, avec une périodicité de quatre ans ensuite.

Comment savoir si vous dépassez 2,75 GWh

Le calcul est simple sur le principe et piégeux dans les faits. Il faut additionner toutes les énergies finales consommées par l'ensemble des établissements rattachés au même SIREN : électricité, gaz naturel, fioul, propane, bois, vapeur et chaleur achetées sur un réseau, carburants de la flotte. Puis faire la moyenne des trois dernières années civiles pleines.

Trois erreurs reviennent régulièrement. La première est de raisonner par site : un seul magasin ou un seul atelier dépasse rarement le seuil, l'ensemble le dépasse souvent. La deuxième est d'oublier les carburants, qui pèsent lourd dès qu'il y a une flotte de livraison. La troisième est de confondre énergie finale et énergie primaire : le seuil s'exprime en énergie finale, c'est-à-dire ce que vous achetez, pas ce qui a été nécessaire pour le produire.

Les repères de l'assujettissement

Un ordre de grandeur pour se situer : 2,75 GWh, c'est la consommation annuelle, toutes énergies, d'un supermarché de taille moyenne avec son froid alimentaire, ou d'un entrepôt logistique chauffé de quelques dizaines de milliers de mètres carrés, ou encore d'un petit site de production avec une chaufferie vapeur. Beaucoup d'exploitants de parcs multi-sites franchissent le seuil sans l'avoir regardé.

Ce que l'audit doit contenir pour être recevable

L'audit se conduit selon la norme NF EN 16247, qui fixe la méthode : collecte des données, campagne de mesures, analyse des usages, identification et chiffrage des actions d'amélioration. Il doit être réalisé par un auditeur qualifié ou par un prestataire disposant de la qualification correspondante, et couvrir au moins 80 % des consommations du périmètre.

Sur le fond, un audit recevable n'est pas un inventaire. C'est un document qui classe des actions par temps de retour, avec un chiffrage de l'investissement, du gain annuel en kWh et de l'économie en euros. L'exigence la plus structurante tient en une phrase : une action dont le temps de retour est inférieur à cinq ans et qui n'est pas mise en œuvre doit être justifiée dans le plan d'action. Autrement dit, l'audit ne se contente plus d'informer, il crée une charge de justification.

Le résumé de l'audit se transmet à la plateforme de l'ADEME dans les deux mois suivant sa réalisation. Les données de consommation annuelle et le plan d'action ont vocation à figurer dans le rapport de gestion annuel et à être rendus publics.

Les exemptions et leurs limites

Une entreprise disposant d'un système de management de l'énergie certifié ISO 50001 couvrant au moins 80 % de ses consommations est dispensée de l'audit. C'est la seule voie de sortie claire. Elle n'est pas gratuite : un système de management suppose une politique énergétique, des revues de direction, des indicateurs de performance suivis et un audit de certification périodique.

Au-delà de 23,6 GWh par an, l'exemption devient une obligation : la mise en place d'un système de management de l'énergie certifié est exigée, avec une échéance fixée au 11 octobre 2027. Un site qui dépasse ce second seuil n'a donc pas le choix entre audit et certification, il doit la certification. Ce point est traité en détail dans notre article sur l'ISO 50001.

Consommation moyenne (3 ans, SIREN) · Obligation · Échéance · Périodicité

La sanction, et ce qu'elle dit du niveau d'exigence

Le régime de sanction a changé d'échelle. Le code de l'énergie prévoit une amende pouvant atteindre 2 % du chiffre d'affaires hors taxes, portée à 4 % en cas de nouveau manquement. À titre de comparaison, le manquement au décret tertiaire est plafonné à 7 500 € pour une personne morale.

Ce rapport de un à mille n'est pas un détail de rédaction. Il indique que le législateur a voulu rendre l'obligation effective, après une décennie de dispositif largement ignoré. Pour un exploitant multi-sites, le calcul est vite fait : le coût d'un audit est sans commune mesure avec l'exposition.

Articuler l'audit avec vos autres obligations

L'intérêt d'un audit bien conduit est qu'il sert plusieurs fois. Les données de consommation collectées alimentent la déclaration annuelle sur la plateforme OPERAT au titre du décret tertiaire. L'inventaire des équipements de chauffage et de climatisation permet de calculer la puissance nominale utile au sens du décret BACS et de savoir si le site tombe sous l'obligation de système d'automatisation. Le chiffrage des actions prépare les dossiers de certificats d'économies d'énergie.

Dans la pratique, trois familles d'actions ressortent de façon récurrente sur les sites tertiaires et industriels que nous auditons. Le pilotage d'abord : réduits de nuit, consignes, absence de chauffage et de refroidissement simultanés. La récupération de chaleur fatale ensuite, sur les groupes froids, les compresseurs d'air, les effluents de process. L'électrification des générateurs enfin, lorsque la chaufferie arrive en fin de vie.

Ces trois familles ont un point commun : elles présentent souvent des temps de retour inférieurs à cinq ans, surtout après prise en compte des certificats d'économies d'énergie. Elles entrent donc directement dans la catégorie des actions qu'il faut soit engager, soit justifier de ne pas engager.

Ce qu'il faut vérifier maintenant

Première vérification : la moyenne des trois dernières années civiles de consommation, toutes énergies et tous établissements du SIREN. Si vous êtes entre 2,5 et 3 GWh, le calcul mérite d'être refait proprement avant de conclure.

Deuxième vérification : la date et le périmètre de votre dernier audit, s'il en existe un. Un audit réalisé au titre de l'ancien dispositif ne couvre pas nécessairement 80 % des consommations au sens du nouveau périmètre, et sa date conditionne la prochaine échéance.

Troisième vérification : l'existence d'un plan d'action écrit, listant les actions identifiées, leur temps de retour et, pour celles sous cinq ans non engagées, le motif. C'est la pièce qui manque le plus souvent, et c'est celle qui matérialise la conformité.

Quatrième vérification : la transmission effective du résumé à la plateforme de l'ADEME. Un audit réalisé mais non transmis ne vaut pas conformité.

Sources : Code de l'énergie, articles L. 233-1 à L. 233-4 (audit énergétique et système de management de l'énergie) · Loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne (DDADUE), entrée en vigueur le 1er octobre 2025 · Directive (UE) 2023/1791 relative à l'efficacité énergétique · Norme NF EN 16247 · ADEME, plateforme de transmission des audits énergétiques réglementaires, https://www.ademe.fr · Ministère de la Transition écologique, https://www.ecologie.gouv.fr

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